Canyon du Saxetbach
Yvorne, le 23 juillet 2003 par Jean Zahn
Jusqu'au début des années 2000, aucune structure et aucune législation n'existait en Suisse pour réglementer les sports à risque et plus particulièrement le canyoning. N'importe quel individu ayant quelques connaissances dans ce sport pouvait s'autoproclamer moniteur et partir en excursion avec un groupe d'accros de sensations fortes. Et imposer ses propres normes de sécurité.
Le parcours de gorges a en effet été initié par des spéléologues et des guides de montagne. Le canyoning était donc considéré comme une variante de la spéléologie et de l'alpinisme. Les techniques étaient également dérivées de ces 2 activités et adaptées plus ou moins empiriquement aux situations particulières créées par le voisinage de l'eau vive.
Quelques sociétés de sports "fun", ont alors ajouté le canyoning à leur programme d'activités. Certaines de ces sociétés ont mis en place de façon interne, des règles de sécurité et des protocoles précis pour limiter les risques. "La décision de partir pour une activité en eau vive ne doit pas être prise par une personne dont le salaire dépend du nombre de descentes effectuées, insiste Daniel Chézière de Swissraft. Celle-ci aura en effet plus de mal à renoncer. Et dans notre métier, c'est fondamental de savoir dire non." Malheureusement, d'autres ont vu dans ce genre d'activités un moyen de gagner rapidement de l'argent et du prestige, et les normes de sécurité se sont vues reléguer au second plan.
Adventure World était une société basée à Wilderswil, tout près d'Interlaken. Elle proposait de multiples activités fun telles que rafting, canyoning, VTT, varappe, parapente, saut à l'élastique, divers vols en avion, ... L'équipe a compté jusqu'à environ 70 personnes et disposait d'une grande halle comportant bureaux, vestiaires, entrepôts à matériel et bar.
Aujourd'hui, cette société a disparu. Elle a déposé son bilan le 22 mai 2000, suite à un nouvel accident qui a vu un jeune américain se tuer en sautant à l'élastique. Le saut se faisait depuis une cabine de téléphérique et le sauteur avait le choix entre 2 hauteurs possibles. Alors que celui-ci avait choisi la moindre hauteur, le responsable l'a équipé de la corde longue...
L'accident du 27 juillet 1999
Le Saxetbach
Le Saxetbach est le torrent qui s'écoule dans le Saxettal, au sud d'Interlaken. Il prend sa source à environ 2700 m. d'altitude dans le massif du Schwalmere et draîne les eaux d'un bassin versant d'environ 20 km2. Il se jette dans la Lütschine à Wilderswil, laquelle se jette dans le lac de Brienz.
Canyon du Saxetbach
La zone intéressante pour les canyoneurs se trouve dans la partie inférieure du cours d'eau, juste au- dessus de Wilderswil. Elle est longue d'environ 400 m. et se situe à une altitude moyenne de 700 m. C'est un canyon plutôt peu engagé où seule une portion d'une centaine de mètres ne présente pas d'échappatoire. Il est ainsi possible, en conditions normales, d'évacuer un groupe hors du torrent en en une dizaine de minutes. L'entier du parcours se fait en une heure et demie.
Les participants
Les participants à l'excursion dans le Saxetbach faisaient partie d'un groupe de nonante-cinq touristes, venus d'Australie, de Nouvelle-Zélande, d'Afrique du Sud, des Etats-Unis et d'Angleterre. Leur voyage était organisé par l'agence londonienne Contiki qui proposait à ses hôtes la visite de douze pays en vingt-cinq jours. Ils avaient pour ce 27 juillet le choix entre du canyoning, du parapente et un saut à l'élastique. 44 se sont décidés pour le canyoning. Ils étaient encadrés par 9 guides.
Les conditions au départ
Les 53 personnes s'engagent aux environs de 16 heures 30, réparties en quatre groupes dans le canyon. A ce moment, le ciel est couvert et il pleut déjà, "d'une pluie brève mais forte", selon le rapport de la police. Plus haut, dans les montagnes, là où prend naissance le torrent à 2700 mètres d'altitude, d'énormes nuages noirs cachent les sommets. Un orage s'y abat avec une rare brutalité. Vers 17 h 20, Martin Seemater, qui rentre de son travail, apostrophe le dernier groupe: "N'allez pas dans la rivière! Un orage est en train de tomber sur le Nessleren. Les eaux pourraient monter! Ils m'ont répondu qu'ils connaissaient le cours d'eau."
Ils sont maintenant une cinquantaine de personnes dans le lit de la rivière. Pour Otto von Allmen, chef des secours au Club alpin suisse, cette pratique n'a rien de surprenant ni de condamnable: "Les organisateurs de canyoning agissent souvent ainsi. Ils se divisent en plusieurs groupes qui partent à une dizaine de minutes d'intervalle."
La vague
Il devait être 17 h 30 lorsqu'une vague, certains parleront d'un mur d'eau, s'engouffre dans les gorges du Saxetenbach. Des millions de mètres cubes se trouvent concentrés dans ce minuscule entonnoir de deux ou trois mètres de large. La pression est phénoménale: les flots montent de 1 m 70 en une fraction de seconde! Il n'y a qu'à écouter les récits des survivants pour imaginer la violence des éléments. Rachel O'Brien, une Australienne de 20 ans, raconte (dans le "Blick" du 2 août): "Nous nous sommes retournés et nous avons vu un mur compact se précipiter sur nous avec une force incroyable". Ensuite, Rachel eut l'impression que Neptune avait refermé sur elle le tambour de son immense machine à laver: "L'eau avait une force inimaginable. Je ne sais plus sur combien de mètres j'ai été emportée. Peut-être une centaine de mètres... Des morceaux de bois et des pierres me frappaient. Tout le temps, j'ai gardé les mains ouvertes, j'espérais trouver quelque chose à quoi m'accrocher... Mais il n'y avait rien, que de l'eau... Plusieurs fois, j'ai cru que j'étais morte."
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